Amérique latine / Espagne
Élections 2019: calendrier, analyses
Partager

Le président argentin Mauricio Macri et Cristina Kirchner, à laquelle il succéda (haut, de g. à dr.), ainsi que le président bolivien Evo Morales et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez (bas, de g. à dr.) sont des acteurs essentiels de l'année électorale 2019. (Composition LatinReporters)

I. CALENDRIER ÉLECTORAL 2019 (actualisé en permanence)
  • 27 janvier  BOLIVIE, élections primaires en vue des élections générales d'octobre
  • 10 avril  BÉLIZE, référendum sur différend territorial avec le Guatemala
  • 5 mai  PANAMA, élections présidentielle, législatives et municipales
  • 26 mai  ESPAGNE, élections européennes, régionales et municipales
  • 9 juin  MEXIQUE, élections régionales dans 5 des 32 États fédérés
  • 16 juin  GUATEMALA, élections présidentielle, législatives et municipales
  • 30 juin  URUGUAY, élections primaires pour désigner les candidats aux élections présidentielle et législatives du 27 octobre
  • 11 août  ARGENTINE, élections primaires pour désigner les candidats aux élections présidentielle et législatives du 27 octobre
  • 27 octobre  URUGUAY, élections présidentielle et législatives
  • 27 octobre  ARGENTINE, élections présidentielle et législatives
  • 27 octobre  BOLIVIE (date non confirmée), élections présidentielle et législatives
  • 27 octobre  COLOMBIE, élections régionales et municipales

II. SIX PRÉSIDENTIELLES EN AMÉRIQUE LATINE ET TRIPLE SCRUTIN DANS UNE ESPAGNE OÙ SURGIT L'EXTRÊME DROITE

par Christian GALLOY

MADRID, 13 janvier 2019 (LatinReporters.com) – L'Argentine et la Bolivie domineront le calendrier électoral 2019 en Amérique latine, où le chef de l'État sera également élu au Guatemala, au Panama, au Salvador et en Uruguay.

Dans cinq de ces six pays, le Salvador faisant exception, l'élection présidentielle s'accompagnera de législatives. Argentins et Uruguayens, ainsi que probablement les Boliviens, iront aux urnes le même dimanche 27 octobre.

En Espagne, les élections européennes, régionales et municipales auront lieu simultanément le 26 mai. Des législatives anticipées ne son pas exclues. [Ajout du 15 février - Le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, a annoncé aujourd'hui la convocation d'élections législatives anticipées pour le 28 avril.]

Influence de rapports de forces

Au-delà des prochains scrutins, l'évolution de l'Amérique latine dépend peut-être surtout, désormais, de rapports de forces positifs ou négatifs entre les États-Unis, le Brésil et le Mexique (ils abritent 660 millions du milliard d'habitants des Amériques), voire aussi la Chine.

L'an dernier, le Brésil a viré à l'extrême droite avec l'élection à la présidence de Jair Bolsonaro et le Mexique à gauche, pour la première fois, avec celle d'Andres Manuel Lopez Obrador (dit AMLO). Les pôles idéologiques opposés que sont ainsi les deux premières puissances latino-américaines pourraient nourrir la lutte d'influences concurrentes dans une Amérique latine qui penche à droite après plus d'une décennie favorable à la gauche.

(Publicité)

Bolsonaro s'aligne sur Donald Trump, notamment pour isoler davantage le Venezuela bolivarien et réduire sur le continent américain l'influence croissante d'une Chine en guerre commerciale avec les États-Unis.

AMLO se réclame pour sa part de la non intervention dans les affaires internes de pays tiers pour reconnaître la réélection du président vénézuélien Nicolas Maduro et il garde implicitement en réserve la carte chinoise dans ses contacts jusqu'à présent courtois avec le locataire de la Maison Blanche, pourtant obnubilé par la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique.

Selon un rapport du Forum économique mondial, la Chine est le second partenaire commercial du Mexique et le premier de l'Argentine, du Brésil, du Chili, du Pérou et de l'Uruguay. Une réalité qui a nécessairement des retombées politiques. En témoigne notamment la vague de ruptures de relations entre pays latino-américains et l'allié asiatique de Washington que demeure Taïwan.

L'implantation croissante de la Chine en Amérique latine inquiète les États-Unis. (Source photo: celag.org)
Argentine

Le possible choc personnel et politique inédit entre l'ex-présidente argentine Cristina Kirchner, péroniste de gauche, et son actuel successeur de droite Mauricio Macri est dans la région le plat de résistance attendu du calendrier électoral 2019.

Troisième puissance latino-américaine, l'Argentine peut infléchir, fût-ce modérément, la compétition idéologique et commerciale sur le continent. Soutien de l'axe bolivarien sous Kirchner, le pays s'est rallié à Washington sous Macri.

En cette mi-janvier, ni Cristina Kirchner ni Mauricio Macri n'ont annoncé leur candidature présidentielle, mais analystes et opinion publique ne rejettent pas une concrétisation de leur duel le 27 octobre. Un sondage publié cette semaine leur attribue, respectivement, 26% et 27% des intentions de vote.

La perte de la moitié de la valeur du peso par rapport au dollar, l'inflation de 48% et la chute de 2,7% du produit intérieur brut en 2018, la hausse brutale des tarifs du gaz et de l'électricité, ainsi que le poids de la dette de 57 milliards de dollars qu'il a contractée auprès du Fonds monétaire international rendent incertaine la réélection du président Macri. Son échec économique et social a pour corollaire une montée du taux de pauvreté, de 29% à 34% de la population entre 2015 et 2018.

Cristina Kirchner, actuellement sénatrice, est pour sa part desservie par la division du péronisme et sa mise en examen pour corruption présumée. «Se remplissait-elle les poches? Peut-être, mais avec elle, au moins, on n'avait pas faim», disent des Argentins désabusés... Ce qui porte à croire que, candidate ou non, l'ex-présidente influera sur le scrutin d'octobre.

Manifestation en Argentine contre les "tarifazos", hausses brutales du prix de services de première nécessité, dont le gaz et l'électricité, decrétées par le président Mauricio Macri. (Source Photo: eldestapeweb.com)
Bolivie

Au pouvoir depuis 2005, le président amérindien Evo Morales va briguer un quatrième mandat consécutif en octobre, alors que la Constitution et un référendum perdu en 2016 s'y opposaient.

Mais, arguant de la Convention américaine relative aux droits de l'homme (appelée aussi Pacte de San José), la justice bolivienne décréta que la faculté de briguer indéfiniment une charge élective publique est un droit fondamental et autorisa la nouvelle candidature de Morales.

Le président vénézuélien Hugo Chavez, décédé en 2013, s'était assuré de la même façon le droit à la candidature indéfinie.

Au sein du camp bolivarien, qui regroupe encore aussi le Venezuela, le Nicaragua et Cuba, la Bolivie est l'unique pays à jouir actuellement d'une économie apaisée, grâce à la maîtrise de ses hydrocarbures (gaz, pétrole) et à une politique sociale de redistribution qui réduit progressivement la pauvreté. L'inflation est endiguée et la croissance du produit intérieur brut frôlait les 5% fin 2018, un record régional.

Mais l'usure naturelle du pouvoir, la pénétration dans la société d'un individualisme qui, en Amérique latine et ailleurs, accompagne paradoxalement la globalisation et le refus en octobre dernier de la Cour internationale de justice de La Haye, saisie par La Paz, de contraindre le Chili à négocier un accès de la Bolivie à l'océan Pacifique dessinent un scrutin présidentiel incertain.

Une défaite électorale d'Evo Morales porterait un nouveau coup à la gauche latino-américaine. Il est menacé dans les sondages actuels par la candidature centriste de l'ex-président Carlos Mesa.

Bolivie - Récolte du quinoa, plante alimentaire traditionnelle, depuis des milliers d'années, sur les hauts plateaux d'Amérique du Sud. (Source photo: celag.org)
Espagne

[Ajout du 15 février 2019 - Des élections législatives anticipées auront lieu le 28 avril, annonce le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez. Le rejet de son budget 2019 par le Parlement, le 13 février, justifie cette convocation électorale. Lors du vote sur le budget, Pedro Sanchez a perdu l'appui décisif des députés des partis indépendantistes catalans, qui avaient réclamé en vain la reconnaissance du droit de la Catalogne à l'autodétermination.]

Pedro Sanchez, président socialiste du gouvernement, ne sera candidat ni aux européennes ni aux régionales ni aux municipales du 26 mai en Espagne. C'est pourtant son sort politique et celui de l'une des dernières tranchées du socialisme en Europe qui se joueront à cette date.

Car tant une triple défaite qu'une triple victoire, moins attendue, pourraient conduire Sanchez à convoquer des élections législatives anticipées (la législature court en principe jusqu'à l'été 2020), par obligation éthique dans le premier cas ou par calcul dans le second.

Malgré des sondages qui octroient une majorité relative à son Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sanchez est un funambule ne contrôlant que 84 des 350 députés des Cortes. C'est une alliance circonstancielle de diverses gauches, de nationalistes basques et d'indépendantistes catalans qui le porta au pouvoir à la faveur d'une motion de censure gagnée en juin 2018 contre Mariano Rajoy, dont le Parti populaire (PP, droite) venait d'être convaincu de corruption par la justice.

Les présages sont alarmistes. En Andalousie, région la plus peuplée d'Espagne et place forte socialiste pendant 36 ans, les électeurs ont porté au pouvoir le 2 décembre dernier un duo de droite (le PP désormais radicalisé et Ciudadanos), majoritaire grâce à l'appui du parti émergent Vox, première formation d'extrême droite à entrer dans un Parlement régional depuis la fin de la dictature franquiste.

Plusieurs sondages prédisent à ce trio néoconservateur de nouveaux succès aux prochaines élections. La tentative d'indépendance de la Catalogne avortée en octobre 2017 et la dépendance de Pedro Sanchez du soutien des élus catalans, qui réclament en échange la reconnaissance du droit à l'autodétermination, sont selon les analystes les principales raisons de l'envol apparent d'une droite radicalisée. En somme, le séparatisme catalan aurait revigoré le nationalisme «espagnoliste» autoritaire.

Manifestation indépendantiste en Catalogne. Le séparatisme catalan a favorisé, par réaction, la résurgence de l'extrême droite en Espagne. (Photo d'archives)
Salvador, Uruguay, Guatemala, Panama

Dans ces quatre pays, le changement à la tête de l'État est assuré, aucun président sortant ne pouvant constitutionnellement y briguer soit un second mandat, soit, dans le cas de l'Uruguay, un nouveau mandat consécutif.

Seul le Salvador présente aujourd'hui un panorama lisible. Le dernier sondage de la respectée Universidad Centroamericana (UCA) pour la présidentielle du 3 février octroie en effet au jeune Nayib Bukele, 37 ans, 44,1% des intentions de vote, contre à peine 19,7% à son plus proche concurrent.

Ex-maire de la capitale, San Salvador, exclu du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN, gauche) pour son attitude critique et «machiste», Nayib Bukele se présente comme une option de changement éloignée tant du FMLN que de l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA, extrême droite).

La corruption mine ces deux partis. La justice a incarcéré l'an dernier l'ex-président de droite Elias Antonio Saca (2004-2009) et maintient ouvert un procès contre l'ex-président de gauche Mauricio Funes (2009-2014), réfugié au Nicaragua.

L'ARENA et le FMLN (au pouvoir depuis 2009) ont gouverné en alternance le Salvador depuis la fin de la guerre civile, en 1992. Leur mise à l'écart par Nayib Bukele serait historique.

À noter qu'en Uruguay une éventuelle, mais incertaine, nouvelle victoire présidentielle du Frente Amplio (Front large) porterait à vingt années consécutives le maintien de la gauche au pouvoir.

Quant au Guatemala et au Panama, ancrés pour l'heure à droite, les jeux y sont encore très ouverts en cette mi-janvier.