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Plus d'un an après le retrait du Venezuela, la CAN survit
Communauté andine et UE négocieront l'association : Chavez freiné?

Sommet andin de Tarija (Bolivie, 14 juin 2007) - Les présidents colombien Alvaro Uribe (à gauche) et bolivien Evo Morales goûtent aux charmes locaux. Uribe succède à Morales à la présidence tournante de la Communauté andine
Photo Noah Friedman / ABI
TARIJA (BOLIVIE), vendredi 15 juin 2007 (LatinReporters.com) - L'Union européenne (UE) et les chefs d'Etat des quatre pays -Bolivie, Pérou, Equateur, Colombie- de la Communauté andine des nations (CAN) ont annoncé solennellement le 14 juin à Tarija, ville du sud bolivien, "le lancement" de la négociation d'un Accord d'association. Un frein à l'influence du Venezuela d'Hugo Chavez? Le Chili, lui, réintègre partiellement la CAN, comme membre associé.

Signée par les présidents Evo Morales (Bolivie), Alan Garcia (Pérou), Rafael Correa (Equateur) et Alvaro Uribe (Colombie) à l'issue de la réunion du Conseil présidentiel andin, la Déclaration de Tarija souligne "le pas fondamental dans les relations birégionales" que constitue "le lancement des négociations", annoncé en présence d'une délégation de l'UE conduite par l'Espagnol Tomas Dupla del Moral et confirmé par un message de Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire aux Relations extérieures de l'UE.

Toutefois, aucun calendrier de réunions de travail n'est connu pour ces négociations d'un accord défini comme objectif politique des deux parties depuis le sommet UE-Amérique latine de Guadalajara (Mexique, mai 2003). Soubresauts et incertitudes au sein de la CAN risquent d'encombrer un certain temps encore le chemin vers une association qui devrait couvrir dialogue politique, coopération et libre-échange commercial.

En fait, l'aspect le plus marquant du sommet andin de Tarija est qu'il ait eu lieu. La survie de la CAN semblait en effet incertaine depuis que le président vénézuélien Hugo Chavez en avait claqué la porte le 19 avril 2006, l'estimant dénaturée par les accords de libre commerce de la Colombie et du Pérou avec les Etats-Unis. Née en 1969, la CAN comptait avec le Venezuela 120 millions d'habitants et couvrait le tiers du commerce sud-américain.

Ralliés à des degrés divers à l'étatisme et au socialisme radical bolivarien d'Hugo Chavez, la Bolivie et l'Equateur des nationalistes Evo Morales et Rafael Correa cohabitent tant bien que mal, au sein de la CAN, avec le libre-échangisme et le libéralisme économique colombiens et péruviens.

Dans ce contexte, le pas franchi par l'Union européenne en annonçant enfin, même sans calendrier, le lancement de la négociation d'un Accord d'association pourrait être interprété comme un acte politique favorisant la survie de la CAN, dont les principes généraux sont ceux de l'économie de marché occidentale. La Commission de Bruxelles contribuerait ainsi, à dessein ou non, à freiner l'influence d'Hugo Chavez en Amérique du Sud. (Quoique les négociations, incertaines il est vrai, entre l'UE et le Mercosur n'ont pas empêché le Venezuela d'entamer bruyamment le processus de son adhésion à ce marché commun créé par le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay).

Entériné par la Déclaration de Tarija et par la présence de la présidente chilienne Michelle Bachelet, le retour partiel au sein de la CAN, comme membre associé, du Chili qui fut l'un des pays fondateurs de la Communauté andine devrait aussi y renforcer les options pro-occidentales. Le Chili est le champion sud-américain du libre-échangisme. En visite le 19 avril dernier à Bogota, la socialiste modérée Michelle Bachelet notait devant son homologue conservateur colombien Alvaro Uribe que des accords de libre commerce lient le Chili à plus de 60 pays et à 3,5 milliards de consommateurs de l'Union européenne, d'Amérique latine, des Etats-Unis, de Chine, du Japon, etc.

La présidence désormais colombienne de la CAN, dévolue au sommet de Tarija pour un an à Alvaro Uribe, qui succède à Evo Morales, devrait également parer, en principe, aux tentations étatiques bolivariennes. Néanmoins, le président Uribe s'efforcera, il l'a affirmé, de ramener dans la Communauté andine le Venezuela, principal partenaire commercial sud-américain de la Colombie.

L'Union européenne ménagera les susceptibilités boliviennes et équatoriennes, qui freinèrent ces dernières semaines l'annonce du lancement des négociations. Bruxelles tiendra compte des "asymétries" au sein de la CAN entre, d'une part la Bolivie et l'Equateur, plus pauvres, et d'autre part le Pérou et la Colombie, plus développés et disposés à ouvrir davantage leur économie.

Propriété intellectuelle, investissements étrangers, rôle de l'Etat, statut des ressources naturelles et immigration seront parmi les points délicats de la négociation avec La Paz et Quito.

"On ne peut pas négocier la privatisation de l'eau. Comme l'air, elle est la vie et la vie n'est pas une marchandise" s'est exclamé au sommet de Tarija le président bolivien Evo Morales. Il a exhorté ses pairs à organiser dans les pays de la CAN un référendum permettant aux peuples de se prononcer sur le futur de l'eau. Il a aussi appelé à l'unité andine contre les restrictions européennes à l'immigration de Sud-Américains et contre la marginalisation et l'expulsion d'immigrés.

DOCUMENT (.pdf)
XVII Consejo Presidencial Andino : DECLARACIÓN DE TARIJA




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