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Espagne - Voiture piégée de l'ETA contre la garde civile : politiquement anodin

Par Christian GALLOY, directeur de LatinReporters

MADRID, samedi 22 mars 2008
(LatinReporters) - Quelques blessés légers par éclats de verre, importants dégâts matériels et impact politique anodin sur la carapace d'une Espagne qui faisait reculer les nationalismes douze jours plus tôt aux élections législatives... L'attentat à la voiture piégée perpétré le 21 mars par les indépendantistes basques de l'ETA contre la caserne de la garde civile de la petite ville de Calahorra, dans la région septentrionale de La Rioja, n'a été qu'un nouveau et bref sursaut parmi 40 ans de terrorisme séparatiste.


Le président du gouvernement, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, n'a pas écourté son repos de Pâques en Andalousie. Pour les condamnations rituelles, les principaux partis politiques ont fait entendre leurs seconds couteaux. Même à Calahorra, les pénitents ont poursuivi leurs processions de la Semaine Sainte. Le pire est qu'il a fallu reloger une quarantaine de familles. La ruine menace plusieurs immeubles.

Avertissant une demi-heure avant l'explosion, l'ETA avait permis l'évacuation des riverains et évité un carnage. L'attentat est en fait un message par lequel les séparatistes basques disent implicitement à M. Zapatero "Nous sommes toujours là. Rouvrons et concluons la négociation sur l'autodétermination et vous aurez enfin la paix!". L'appel du pied consiste à n'avoir pas recherché le massacre... tout en démontrant qu'il était possible. Mais inversement, l'ETA reconnaît ainsi, malgré l'assassinat d'un militant socialiste à la veille des législatives du 9 mars, la stérilité de son ancienne stratégie de saturer les cimetières.

Quoiqu'il en soit, chat échaudé craint l'eau froide. Pour peu, la longue, vaine et récente négociation du socialiste Zapatero avec les terroristes basques le privait de sa seconde victoire aux législatives. Il est talonné à droite par le Parti Populaire, qui a le plus progressé. La disparition de l'ETA est avec la relance économique l'objectif numéro un déclaré de la nouvelle législature.

La dynamique basque est plus tributaire du verdict des urnes que de l'impact des bombes. Le recul aux législatives du vieux Parti nationaliste basque (PNV), matrice identitaire dont a surgi le furoncle de l'ETA, le porte à proposer un accord de législature pour épauler la majorité relative de M. Zapatero aux Cortes espagnoles.

En échange, comme en 2006 en faveur de la Catalogne, Madrid pourrait élargir davantage l'ample autonomie régionale basque. Cela ne dissipera pas nécessairement le rêve indépendantiste. Le PNV le caresse aussi, mais en désavouant la violence.

Que le Pays basque suive ou non le destin du Kosovo, dont l'indépendance a fait les gros titres de la presse de Bilbao, dépend du jeu politique propre aux démocraties. D'autant qu'être indépendantiste n'empêche personne d'être candidat aux élections au Pays basque. A la simple condition de ne pas miser, comme l'ETA et ses satellites, sur l'assassinat des adversaires politiques.




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