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Espagne-immigration: 70 Africains forcent la frontière à Melilla

MADRID, dimanche 22 juin 2008 (LatinReporters.com) - Environ 70 migrants illégaux venus de l'Afrique subsaharienne ont pénétré dimanche à l'aube à Melilla, forçant en avalanche le principal poste frontière routier entre cette enclave espagnole et le Maroc.

S'élançant en groupe compact à 4h25 du matin, une multitude de noirs africains ont bousculé policiers marocains et espagnols et sont entrés à Melilla par le poste frontière de Beni-Anzar.

La préfecture de Melilla affirme que certains Subsahariens étaient armés de pierres et de bâtons et que trois agents espagnols ont été légèrement blessés. La même préfecture évalue à quelque 70 le nombre de clandestins qui ont atteint le territoire espagnol.

Contrairement aux précédentes tentatives de pénétrer à Melilla ou à Ceuta, autre enclave espagnole au nord du Maroc, les migrants n'ont pas escaladé la double clôture, relevée récemment, qui encercle ces territoires commerciaux et de garnison abritant chacun plus de 70.000 habitants sur près de 20 km². Revendiquées par Rabat, les deux enclaves sont les seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Union européenne.

En 2005 et 2006, lors d'affrontements avec la police espagnole ou marocaine, 17 Subsahariens sont morts de part et d'autre de la clôture délimitant les enclaves. La dernière tentative massive d'escalade remontait à Noël 2006, à Melilla.

Une cinquantaine des Subsahariens qui ont forcé dimanche la frontière ont été détenus quelques heures plus tard. La police les a localisés cachés sous des véhicules, dans des poubelles ou des arbres. Après comparution à la direction locale de la police nationale, ils devaient être conduits au Centre de séjour temporaire d'immigrés (CETI) de Melilla.

L'Espagne libère après 40 jours les immigrés clandestins qui n'ont pas pu être rapatriés, notamment pour indéfinition du pays d'origine de migrants qui ont parfois sciemment détruit leurs papiers. Ils sont alors littéralement lâchés dans la nature, en général à Madrid, Barcelone ou Valence, paradoxalement munis d'un ordre théorique d'expulsion.

Le gouvernement socialiste espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero et la plupart des eurodéputés espagnols ont approuvé la récente "directive retour" de l'Union européenne (UE) qui permet la rétention pendant un maximum de 18 mois des migrants clandestins. Mais son application n'est pas encore à l'ordre du jour en Espagne. La capacité d'accueil des CETI est trop limitée pour y retenir aussi longtemps des sans-papiers, d'autant plus que les clandestins subsahariens relancent à bord de cayucos leur odyssée maritime vers l'archipel des Canaries. Cinq cent, dont six ont succombé aux rigueurs de l'Atlantique, y ont débarqué la semaine dernière.

Le gouvernement de M. Zapatero avait régularisé 600.000 sans-papiers en 2005. Confronté aujourd'hui à un début de crise économique, il incite financièrement au retour les immigrés n'appartenant pas à l'UE qui perdent leur emploi.

Le regroupement familial pourrait en outre être durci en Espagne pour les immigrés non citoyens de l'UE. Le ministre du Travail et de l'Immigration, le socialiste Celestino Corbacho, envisage d'exclure du regroupement les ascendants, parents et beaux-parents, des migrants.

L'Espagne compte 5,2 millions d'étrangers, soit 11,3% de ses 46 millions d'habitants selon le relevé provisoire, arrêté au 1er janvier 2008, des registres de population des municipalités du pays.

Par rapport à l'année précédente, le nombre d'habitants s'est accru de 862.774, dont 701.023 étrangers, la moitié venant d'un pays de l'Union européenne. Avec ces chiffres, l'Espagne demeure le nš1 européen de l'immigration.



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