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CARACAS RÉVISE SES RELATIONS AVEC BOGOTA
Venezuela : Chavez contre les bases américaines en Colombie

CARACAS, jeudi 23 juillet 2009 (LatinReporters.com) - Le Venezuela considère comme "un acte inamical" l'ouverture par la Colombie de ses bases militaires aux forces américaines et le gouvernement de Caracas "va réviser tous les dossiers" dans ses relations avec Bogota a affirmé le 22 juillet le président Hugo Chavez sur la chaîne de télévision publique vénézuélienne VTV.

Après avoir confirmé qu'à sa requête le ministre vénézuélien des Relations extérieures, Nicolas Maduro, avait convoqué le même 22 juillet l'ambassadrice de Colombie à Caracas, Maria Luisa Chiappe, le président Chavez a déclaré: "On a ratifié à l'ambassadrice que cela [l'affaire des bases militaires] nous a lamentablement obligés à réviser tout le schéma. Nous avons suspendu une réunion de la Coban [Commission binationale de haut niveau] prévue pour cette semaine et nous allons réviser le dossier commercial, tout le dossier politique, tous les dossiers, car en vérité nous avons considéré qu'il s'agit d'un acte inamical du gouvernement de la Colombie".

Hugo Chavez a réfuté l'argumentation, "hors de contexte" à ses yeux, du ministre des Relations extérieures colombien, Jaime Bermudez, qui en appelait deux jours plus tôt à la non-ingérence dans les affaires intérieures de son pays. Le gouvernement colombien, remarquait Jaime Bermudez, n'a pas commenté, lui, "la présence russe dans les eaux vénézuéliennes" ni les relations du Venezuela "avec Cuba et la Chine".

"Que je sache, la Colombie a d'excellentes relations avec la Russie et la Russie n'a pas appuyé de coups d'Etat en Colombie ni d'actions contre le gouvernement colombien" a répliqué Chavez, ajoutant aussitôt: "Mais nous, oui, nous avons de nombreuses raisons de considérer le gouvernement yankee comme une menace pour le peuple vénézuélien, une menace d'invasion, d'assassinat, de mercenaires appelés contractants, de narcotrafic, d'espionnage et de contre-espionnage".

Selon le président vénézuélien, les dangers ne viendraient pas seulement des Etats-Unis, mais aussi d'Israël. "Voilà maintenant que des avions d'Israël, avec pilotes israéliens, volent en Colombie" lança Chavez. Il se référait à l'accident, sans dommage pour les pilotes, souffert le 20 juillet à l'atterrissage sur l'aéroport colombien de Cartagena par l'un des quatre chasseurs Kfir livrés le mois dernier par Tel-Aviv à la force aérienne colombienne.

La négociation de l'accord qui fait bondir le Venezuela est très avancée. L'accord offrirait aux Etats-Unis l'utilisation permanente, mais non exclusive, de trois bases militaires qui resteront toutefois colombiennes, celles de Malambo (nord) et de Palanquero et Apiay (centre). Deux bases supplémentaires pourraient s'y ajouter, celles de Larandia (sud) et de Tolemaida (centre), sur lesquelles du personnel américain est déjà présent.

A partir de ces bases, l'US Air Force poursuivrait notamment les missions régionales antidrogue effectuées auparavant depuis la base équatorienne de Manta, d'où les Américains se retirent sur décision du gouvernement socialiste de Quito. Mais d'autres missions s'y ajouteraient, puisque le gouvernement colombien du président conservateur Alvaro Uribe dit vouloir conclure avec Washington un "accord de coopération contre le narcotrafic, le terrorisme et d'autres délits". Cela pourrait signifier un accroissement de l'implication des Etats-Unis dans la lutte contre la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui jouit de facilités au Venezuela et en Equateur, deux pays frontaliers de la Colombie.

Le 21 juillet, Hugo Chavez avait dénoncé "la trame d'une agression contre le Venezuela" en mettant dans le même sac "l'appui de l'empire au coup d'Etat du Honduras", l'arrivée de "milliers de soldats yankees" sur des bases colombiennes, la désignation par Washington du Venezuela comme "narco-Etat" et les accusations d'Israël contre l'installation de cellules terroristes du Hezbollah dans l'ouest vénézuélien.

Le chef de la diplomatie vénézuélienne, le ministre Nicolas Maduro, estime pour sa part que l'accord militaire négocié par la Colombie et les Etats-Unis est non seulement "une gifle" infligée au Venezuela, mais qu'il risque aussi "de rompre les règles du jeu dans la région". Sur le même registre, l'ex-président colombien Ernesto Samper (1994-1998) croit que l'accord "va empoisonner les relations de la Colombie avec les pays voisins".



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