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Il affrontera au second tour, le 26 novembre, le pro-Chavez Rafael Correa
Equateur: le milliardaire pro-américain Noboa vainqueur du 1er tour de la présidentielle

A la une de la presse équatorienne, photomontage d'Alvaro Noboa (chemise noire) et Rafael Correa, qui s'affronteront au second tour de la présidentielle
QUITO, lundi 16 octobre 2006 (LatinReporters.com) - Le milliardaire pro-américain Alvaro Noboa a créé la surprise en remportant dimanche le premier tour de l'élection présidentielle en Equateur. Il affrontera au second tour, le 26 novembre, l'économiste de gauche Rafael Correa, un radical proche du président vénézuélien Hugo Chavez.

Avant le scrutin, tous les sondages attribuaient la première place au relativement jeune ex-ministre de l'Economie Rafael Correa, 43 ans, opposé à la négociation d'un Traité de libre commerce avec Washington, hostile à la cession aux Etats-Unis de la base aérienne équatorienne de Manta et partisan d'une renégociation des contrats avec les multinationales des secteurs du pétrole, de l'électricité et des télécommunications.

Sur la base de 70,59% des bulletins de vote dépouillés, Alvaro Noboa obtient 26,66% des suffrages contre 22,51% à Rafael Correa, selon les résultats diffusés lundi par le Tribunal suprême électoral. Pour le second tour, ils se disputeront les voix des onze autres candidats éliminés au premier tour et devront nouer des alliances.

Criant à la fraude, mais sans en apporter de preuve, Rafael Correa met en cause une supposée partialité du chef de la mission des observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA), l'ancien ministre argentin des Affaires étrangères Rafael Bielsa.

Sous réserve des résultats du second tour, l'axe de la gauche radicale antiaméricaine Caracas-La Havane-La Paz vient de subir son 5e revers consécutif lors d'élections présidentielles en Amérique latine après la victoire du social-démocrate libre-échangiste Oscar Arias le 5 février au Costa Rica, la réélection triomphale du conservateur pro-américain Alvaro Uribe le 28 mai en Colombie, la victoire du social-démocrate Alan Garcia (viscéralement opposé à Hugo Chavez) le 4 juin au Pérou et l'élection (contestée par la gauche) du conservateur Felipe Calderon le 2 juillet au Mexique.

Fêtant sa victoire provisoire à Guayaquil, capìtale économique de l'Equateur située sur la côte du Pacifique, Alvaro Noboa, 56 ans, s'est déclaré prêt à assumer la présidence et a appelé les Equatoriens à s'unir contre "le représentant du communisme". "Les positions sont clairement définies: celle de [Rafael] Correa est la communiste, la dictatoriale, celle de Cuba, un pays où sévit la dictature depuis plus de 40 ans. Et ma proposition est d'être comme l'Espagne, le Chili, les Etats-Unis, l'Italie, des pays où règnent la liberté, la démocratie et la prospérité" affirmait Noboa.

Populiste de droite, se présentant pendant la campagne électorale comme un envoyé de Dieu et menaçant alors de rompre les relations diplomatiques avec Cuba et le Venezuela s'il était élu, Alvaro Noboa est propriétaire de 110 entreprises. Considéré comme l'homme le plus riche du pays, il domine notamment la commercialisation de la banane, dont l'Equateur est le premier exportateur mondial.

Paradoxalement, son discours touche les pauvres. Cela s'explique par une vision simple centrée sur des promesses concrètes de logements, de soins de santé et d'emplois, ces derniers étant liés par Alvaro Noboa à la signature d'un Traité de libre commerce avec les Etats-Unis. "Noboa ne se complique pas la vie: les trois ou quatre choses qu'il promet sont suffisantes pour toucher les grandes masses" estime l'analyste Grace Jaramillo.

En outre, la fortune d'Alvaro Noboa fait parfois supposer à un certain nombre d'électeurs qu'il n'aurait nul besoin de succomber à la corruption qui mine la crédibilité de la classe politique. Le milliardaire bananier était en plus le candidat le plus connu pour avoir déjà brigué deux fois auparavant la présidence, disputant sans succès le second tour tant en 1998, face au démocrate-chrétien Jamil Mahuad, qu'en 2002 contre l'ex-officier putschiste Lucio Gutierrez, que l'on surnommait à l'époque "le Chavez équatorien".

L'échec du président Lucio Gutierrez, destitué par le Parlement en avril 2005 après des émeutes contre la corruption, pourrait avoir créé en Equateur une méfiance à l'égard de candidats se réclamant du président vénézuélien Hugo Chavez. Cela aussi expliquerait l'échec relatif de Rafael Correa, qui espérait son élection au premier tour avant d'être devancé, contre toute attente, par le richissime Alvaro Noboa.

Selon l'influent quotidien de Quito El Comercio, "Alvaro Noboa a recueilli les fruits de sa perspicacité et de son obstination. Il fut l'unique candidat à ne pas succomber à la tentation d'octroyer la priorité aux thèmes politiques comme le firent d'autres qui observaient la progression de Rafael Correa grâce à son discours antisystème".

Les analystes du même journal croient que le refus de Rafael Correa de présenter des candidats de son mouvement, Alianza Pais (Alliance Pays), aux législatives concomitantes de la présidentielle réduit sa capacité de trouver des alliés pour le second tour. "Dans chaque province, des députés influents feront campagne contre lui, car il représente pour eux une menace, étant donné qu'il a parlé de dissoudre le Congrès [Parlement monocaméral]" écrit El Comercio.

Au nom d'une "révolution citoyenne" qui devrait balayer un système inefficace et corrompu, Rafael Correa prône en effet, en cas de victoire à la présidentielle, la convocation immédiate d'une Assemblée constituante pour refondre les institutions comme l'a fait le Venezuela d'Hugo Chavez et comme tente de le faire la Bolivie d'Evo Morales. Plusieurs éditorialistes notent que cette vision radicale pourrait avoir inquiété au dernier moment des électeurs attirés par Correa.

Une autre surprise du premier tour de l'élection présidentielle est la 3e place de Gilmar Gutierrez (16,36%), frère de l'ex-président Lucio Gutierrez. Ce dernier conserverait donc un nombre appréciable de partisans. Ils seraient en principe plus proche de Rafael Correa que d'Alvaro Noboa.

Le social-démocrate Leon Roldos, considéré il y a moins de deux mois comme le favori, n'est que 4e avec 15,50% des suffrages. Il devance la social-chrétienne Cynthia Viteri, 5e avec 9,91%.

L'unique candidat indien, Luis Macas, qui fut ministre de l'Agriculture de Lucio Gutierrez, ne recueille que 2,12% des voix. Les Amérindiens représentent pourtant le tiers des 13,9 millions d'Equatoriens. C'est une défaite cuisante pour le parti Pachakutik (Nouvelle aube), bras politique de la Confédération de nationalités indigènes d'Equateur (CONAIE).

Malgré le caractère obligatoire du vote, l'abstention s'élève à 29,39%. Des résultats significatifs des élections législatives et municipales qui avaient lieu aussi le 15 octobre seront connus plus tard. Tous les observateurs admettent que l'incapacité d'un quelconque parti d'obtenir une majorité parlementaire déterminante restera la règle.

Le second tour de la présidentielle sera un duel droite-gauche d'une rare intensité, Alvaro Noboa et Rafael Correa personnalisant deux extrêmes idéologiques antagonistes. Celui qui l'emportera le 26 novembre deviendra le huitième président de l'Equateur en dix ans...




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