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Libération du thonier basque Alakrana et de ses 36 membres d'équipage après paiement d'une rançon de 4 millions de dollars
Somalie / L'Espagne repaie : "Moi, plus grand, je serai pirate"

[NDLR - Nous avions déjà écrit la même chose en avril 2008 lors de la libération d'un autre thonier basque, le Playa de Bakio. Il suffit aujourd'hui d'actualiser en changeant quelques chiffres, noms et dates...]

MADRID, mardi 17 novembre 2009 (LatinReporters.com) - "Tiens bon la vague, tiens bon le vent, hisse et hooooo, Zapateroooooo ...". Cap sur le paradis touristique des Seychelles sous escorte militaire navale, les 36 pêcheurs du thonier basque Alakrana, libérés mardi par les pirates somaliens, chantent la fin de leurs 47 jours de séquestration. Ex-otages, pirates et Espagne officielle sont en fête. Une véritable Alliance des civilisations, comme l'aime José Luis Rodriguez Zapatero.

Les sept Basques, huit Galiciens, l'Andalou et les vingt Africains et Asiatiques de l'équipage de l'Alakrana savourent une liberté enrichie de gloire. Coupures de presse et vidéo-copies de journaux télévisés se transmettront de génération en génération au sein de leurs familles sorties brièvement, au large de la Somalie, de l'anonymat du commun des mortels.

Les pirates, eux, célèbrent leur fortune. Ils ont empoché une rançon de 4 millions de dollars, chiffre qu'ils ont révélé à des journalistes. Au rythme de plus de 200 abordages annuels, la plupart dans l'océan Indien et ses recoins africano-arabiques, il leur faudra tôt ou tard investir dans l'immobilier à Marbella, l'inévitable lessiveuse andalouse de billets sales de la planète. L'Espagne n'aurait alors rien perdu, les rançons y relançant la construction en crise.

Zapatero, capitaine socialiste au long cours naviguant aux commandes de sa seconde législature, a officialisé "la très bonne nouvelle" de la libération dans un message radio-télevisé. Interrogé sur le paiement ou non d'une rançon, il a esquivé l'écueil en invoquant "prudence et responsabilité", deux qualités qu'il attribue à son gouvernement, lequel "a fait ce qu'il devait faire". C'est-à-dire, évidemment, payer. Inutile d'en faire un plat, ce serait gâcher la fête. Dans l'Alliance des civilisations, besos para todos.

Quelques différences par rapport à 2008

2009 n'est toutefois pas exactement 2008. D'abord, la rançon de 1,2 million de dollars payée en avril 2008 pour la libération du thonier basque Playa de Bakio et de ses 26 pêcheurs est aujourd'hui plus que triplée pour les 36 membres d'équipage de l'Alakrana. Inflation galopante en Somalie ou fine intuition africaine que celui qui a déjà payé paiera encore et même davantage?

Il y a aussi les conséquences politiques de l'effet de répétition. "On vous avait prévenu que les pirates reviendraient. Alors pourquoi refusez-vous d'embarquer des militaires pour protéger les chalutiers, comme le fait la France?" lancèrent les nationalistes basques à la figure de Zapatero.

Les ennemis héréditaires de l'Espagne -l'Alakrana navigue d'ailleurs sous les couleurs basques -réclamaient donc soudain la protection de son armée. Un pas de géant dans la cohésion du pays! Pour le récompenser, Zapatero autorise désormais l'embarquement de barbouzes privés et armés. S'ils sont bien payés, ils n'envieront pas les pirates et ne séquestreront pas les chalutiers et équipages qu'ils doivent protéger.

Et tant qu'à parler du Pays basque, les terroristes indépendantistes de l'ETA seront-ils tentés d'écumer à leur tour l'océan Indien? Là-bas au moins, Madrid négocie encore.

Quant aux effets judiciaires du dossier Alakrana, ils bousculeront la jurisprudence. Un pirate somalien a en effet affirmé au quotidien madrilène El Mundo avoir reçu l'assurance, de la bouche de l'ambassadeur d'Espagne au Kenya, que deux de ses compagnons capturés, déportés et emprisonnés à Madrid sur injonction de l'omniprésent juge Baltasar Garzon pour participation à la séquestration de l'Alakrana, reviendront en Somalie avant la fin de l'année. Leur part de rançon aura été versée entre-temps à leur famille.

Conclusion d'un internaute espagnol sur le site Internet du même journal El Mundo : "C'est clair. Moi, plus grand, je serai pirate". Lucide cri du coeur du fiston de l'un des plus de quatre millions de chômeurs espagnols?

Par dizaines, sur les sites d'information, d'autres internautes accusent Zapatero d'avoir à nouveau "baissé le pantalon". Le chef du gouvernement espagnol aura sous peu l'occasion d'expliquer à l'Union européenne comment le faire avec élégance. L'Espagne présidera en effet l'Union au premier semestre 2010. Elle a déjà annoncé qu'elle convoquera alors une "Conférence internationale sur la Somalie".


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