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NOTE DE L'ÉDITEUR : LatinReporters ne s'identifie pas à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui se définit comme "révolutionnaire, marxiste, internationaliste et anticapitaliste" et à laquelle appartient l'auteur de l'article, Ataulfo Riera. Mais la sympathie habituelle de la LCR pour la révolution cubaine et celle dite bolivarienne menée au Venezuela confère un poids particulier à cet article, dans la mesure où il reflète l'indignation suscitée parmi nombre de partisans de Fidel Castro et d'Hugo Chavez par l'appui qu'ils maintiennent au dictateur Mouammar Kadhafi, malgré sa répression brutale du peuple libyen.
 
L'Amérique latine et la révolution arabe : faillite du chavisme?

par Ataulfo RIERA (*)

Vendredi, 4 mars 2011 - En Europe, les gouvernements tentent d'empêcher la contagion et la solidarité entre les travailleurs européens et les masses arabes en révolte en agitant l'épouvantail de l'islamisme. En Amérique latine, ce sont les dirigeants progressistes vénézuéliens et cubains eux-mêmes qui tentent d'isoler ces révolutions montantes en agitant le caractère prétendument « anti-impérialiste » des régimes despotiques libyen, syrien ou iranien, eux aussi déstabilisés par la lame de fond des peuples en lutte.

La révolution arabe constitue une épreuve de vérité pour l'impérialisme, mais aussi pour les directions cubaine et chaviste. Or, si celles-ci ont également été totalement prises au dépourvu par l'irruption des masses arabes, elles semblent actuellement toujours incapables de saisir la nature, la profondeur et l'unité du processus révolutionnaire en cours dans toute la région. Elles ne semblent nullement comprendre la puissante soif de réelle démocratie, de justice sociale, d'indépendance et de souveraineté qui anime les masses arabes et la formidable opportunité que leurs luttes offrent afin de modifier en profondeur les rapports de force à l'échelle planétaire entre le capital et le travail et face à l'impérialisme.

L'attitude de Fidel Castro et d'Hugo Chavez par rapport aux événements en Libye est particulièrement choquante. De manière moins affirmée dans le cas du premier et plutôt assumée dans le cas du second, on laisse entendre que la révolte du peuple libyen serait le fruit d'une manipulation, d'un complot impérialiste visant à renverser un régime ennemi. Curieusement, cette «thèse» ne reprend pas la version officielle du régime libyen lui-même, selon laquelle c'est au contraire Al-Qaeda qui se trouve derrière les «émeutes» ! Or, loin de toutes ces thèses conspirationnistes délirantes, il n'y a rien de «singulier» ou de «particulier» dans la révolution en Libye, nul complot étranger ourdi par la CIA ou par Ben Laden; elle s'intègre au contraire pleinement dans le processus de la révolution arabe qui déferle dans toute la région. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, puisque le régime dictatorial libyen se trouve précisément géographiquement coincé entre la révolution tunisienne et la révolution égyptienne.

Malgré tout, Fidel Castro a déclaré qu'il «faudra attendre le temps nécessaire pour connaître vraiment ce qu'il y a de vrai et de mensonges ou de semi-vérités dans ce qu'on nous dit de la situation chaotique (sic) en Libye». Il en tire pourtant une conclusion immédiate: «Le pire serait maintenant de faire silence sur le crime que l'OTAN s'apprête à commettre contre le peuple libyen. Pour les chefs de cette organisation belliciste, il y a urgence. Il faut le dénoncer.» Le hic c'est que, comme le soulignent Santiago Alba Rico et Alma Allende, ce ne sont pas des avions de l'OTAN qui mitraillent aujourd'hui le peuple libyen, mais bien ceux du régime de Kadhafi! Ainsi, selon Fidel, l'urgence n'est pas à dénoncer le carnage de Kadhafi contre son peuple et de choisir le camp du soulèvement populaire, c'est de manifester contre l'intervention future et hypothétique de l'OTAN. Au nom de la menace d'un crime à peine esquissé, il faudrait donc «faire silence» sur un crime actuel bien réel.

Toujours selon cette conception purement «campiste» («les ennemis de mes ennemis sont mes amis»), ce 25 février le président Hugo Chavez vient officiellement quant à lui, à l'instar du président nicaraguayen Daniel Ortega, d'apporter son «soutien au gouvernement libyen», au moment même où ce dernier massacre son peuple à l'arme lourde. Certes, il ne fait pas de doute que l'impérialisme est à l'affût et souhaite profiter de la moindre occasion. Certes, il faut dénoncer la double morale de l'impérialisme, qui condamne les victimes civiles en Libye, mais pas en Irak, en Afghanistan ou en Palestine. Mais cela ne justifie aucunement pour autant le soutien à un tyran sanguinaire, qui donne justement une belle occasion à l'impérialisme de reprendre son équilibre et qui, en dépit de sa logorrhée sur la soi-disant «révolution verte», est à la tête d'un système d'exploitation et d'un régime corrompu qui font partie du dispositif impérialiste de pillage de la région et de ses ressources.

Au Venezuela, des organisations révolutionnaires telles que Marea Socialista ont clairement pris position en faveur du peuple libyen et contre le dictateur Kadhafi. Nous ne pouvons qu'espérer que les travailleurs vénézuéliens et cubains feront preuve d'une meilleure capacité de discernement que leurs dirigeants. Mais, même en cas d'un sursaut et d'une rectification, il ne fait aucun doute que les déclarations catastrophiques de Chavez vont immédiatement et durablement ruiner le prestige immense dont il jouissait jusqu'à présent auprès des masses arabes. Cette popularité est née de son opposition déclarée à la guerre et à l'occupation de l'Afghanistan en 2001 et de l'Irak en 2003, ainsi qu'à l'agression contre le Liban par Israël en 2006. Elle a atteint son point culminant en janvier 2009, lorsqu'il décida l'expulsion de l'ambassadeur d'Israël et d'une partie du personnel de l'ambassade pour protester contre le massacre perpétré par l'État sioniste contre la population de Gaza, marquant ainsi sa «solidarité sans restriction avec le peuple palestinien héroïque». Le plus grave étant que, à travers la figure de Chavez, c'est le prestige d'une alternative identifiée comme progressiste et voulant construire le «socialisme du XXIe siècle» qui risque d'être frappée d'un profond discrédit dans le monde arabe.

Cette attitude constitue un cadeau en or pour les forces réactionnaires et impérialistes qui, actuellement désorientées par l'ampleur des événements, cherchent coûte que coûte à reprendre la main, à contrôler ou à stopper la révolution arabe. En outre, en se rangeant honteusement au côté du tyran libyen, la direction chaviste se tire également une balle dans le pied en offrant des munitions à ses propres adversaires et détracteurs, qui ne cessent de l'accuser sans fondement d'être de nature «dictatoriale».

En Europe, en Amérique latine, aux États-Unis ou en Asie, le peuple arabe qui est aujourd'hui à l'avant-garde de la lutte anti-impérialiste doit recevoir un appui sans réserve de la part de l'ensemble des forces progressistes du monde. Ce n'est qu'ainsi que l'on disputera efficacement à l'impérialisme sa prétention hypocrite à incarner les intérêts démocratiques des peuples et que l'on écartera effectivement toute menace, réelle ou agitée à dessein, d'une intervention militaire.
 

 
(*) Ataulfo Riera est membre de la direction de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section belge de la IVe Internationale). Cet article est paru sur un site web de la LCR : www.lcr-lagauche.be
 

 
LIBYE : OPPOSITION, FRANCE ET ÉTATS-UNIS REJETTENT LA MÉDIATION PROPOSÉE PAR CHAVEZ

Vendredi, 4 mars 2011 - Le gouvernement vénézuélien tentait jeudi de consolider la proposition de médiation internationale faite par le président Hugo Chavez pour trouver une solution pacifique à la crise en Libye, une idée que la Ligue arabe "étudie". L'opposition libyenne, les Etats-Unis et la France ont déjà rejeté cette proposition, estimant qu'elle cherche à assurer le maintien au pouvoir de Mouammar Kadhafi.

"Nous confirmons l'intérêt (du gouvernement) libyen à accepter cette proposition, tout comme celui de la Ligue arabe. Aujourd'hui, le Venezuela poursuit ses démarches dans le monde arabe et dans le monde entier pour parvenir à la paix en Libye", a déclaré jeudi à l'AFP le ministre vénézuélien de l'Information, Andres Izarra.

Selon le responsable du gouvernement, Hugo Chavez a discuté de cette proposition avec le numéro un libyen, Mouammar Kadhafi, deux semaines après le début de l'insurrection qui aurait fait des centaines de morts.

Mais un porte-parole du Conseil National établi par les insurgés libyens a rejeté cette proposition à Benghazi, deuxième ville du pays, située à 1.000 km à l'est de Tripoli.

Le président vénézuélien, considéré comme le chef de file de la gauche radicale en Amérique latine, et proche de M. Kadhafi, avait proposé le 28 février de créer une mission internationale de paix formée par plusieurs pays amis qui puisse faire office de médiateur entre le dirigeant libyen et les insurgés.

"On n'a pas besoin d'une commission internationale pour dire au colonel Kadhafi ce qu'il doit faire pour le bien de son pays et de son peuple", c'est-à-dire s'en aller, a réagi Philip Crowley, porte-parole de la diplomatie des Etats-Unis. Le président Barack Obama a lui aussi estimé que Mouammar Kadhafi devait abandonner le pouvoir, la violence de sa répression l'ayant dépossédé de toute légitimité.

La France a de même rejeté "toute médiation permettant au colonel Kadhafi de se succéder à lui-même", selon une déclaration du ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Quant à l'Italie, l'ancienne puissance coloniale, elle a jugé "très difficile" que la communauté internationale puisse accepter la médiation, car "la substance de cette proposition semble être le maintien au pouvoir de (Mouammar) Kadhafi", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini sur la chaîne Rai3.

Enquête de la CPI pour crimes contre l'humanité

A La Haye, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête pour crimes contre l'humanité en Libye, visant le colonel Mouammar Kadhafi, ses fils et plusieurs hauts responsables libyens.

Selon la Ligue libyenne des droits de l'Homme, la répression a fait 6.000 morts, dont 3.000 à Tripoli et 2.000 à Benghazi, un bilan nettement plus important, dans cette dernière ville, que les 220 à 250 morts avancés par des sources hospitalières locales et le CICR.

Condamnant la violence et l'usage de la force contre des civils, le Conseil de sécurité de l'ONU avait adopté le 26 février des sanctions contre les autorités libyennes, incluant la saisine de la Cour pénale internationale, un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et un gel des avoirs.

Hugo Chavez a affirmé qu'il ne suivrait pas les sanctions prises par l'ONU contre le régime de Mouammar Kadhafi.


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