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Analyse, par Christian Galloy

Colombie : le terrorisme urbain est désormais politique et lié à la guerre civile

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Dossier Colombie

BOGOTA, 26 mai 2001 (LatinReporters.com) - Avec 4 morts et 31 blessés victimes de deux bombes qui ont explosé près de l’Université nationale, Bogota a rejoint vendredi Medellin et Cali sur la liste des villes colombiennes ensanglantées depuis le début de l’année par un retour du terrorisme urbain. Déployé au début des années 90 par les cartels de la drogue pour s’opposer aux extraditions vers les Etats-Unis, ce terrorisme présente aujourd’hui un caractère politique lié à la guerre civile colombienne.

Depuis le 10 janvier, quatre voitures piégées et des dizaines de bombes ont fait 12 morts et plus de 200 blessés dans les villes de Colombie. Les plus grandes cités du pays, la capitale Bogota, Medellin et Cali ont toutes trois été frappées au cours du mois de mai. En outre, les sept derniers jours, la police a évité des tragédies en désamorçant dans les mêmes villes, ainsi qu’à Barrancabermeja, cinq autres véhicules bourrés d’explosifs.

Ces attentats et tentatives d’attentat n’ont pas été revendiqués. Les trois derniers présentent toutefois des caractéristiques qui poussent le ministre colombien de l’Intérieur, Armando Estrada, à soupçonner publiquement les paramilitaires des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC, extrême droite).

A Bogota, l’Université nationale proche de la double explosion de vendredi est connue pour abriter des milices estudiantines marxistes favorables aux guérillas d’extrême gauche en lutte contre le pouvoir depuis près de quarante ans. A Bogota toujours, la camionnette piégée désactivée le 21 mai était parquée devant le siège de l’hebdomadaire communiste " Voz ", largement ouvert aux revendications des guérilleros des Forces Armées de Libération Nationale (FARC, marxistes).

Dans la ville pétrolière de Barrancabermeja, c’est au lendemain de la visite du président colombien Andres Pastrana, ennemi déclaré des paramilitaires, que deux véhicules piégés étaient découverts le 24 mai. Barrancabermeja est l’un des fiefs des AUC.

Pour le ministre Armando Estrada, les bombes de Bogota et les deux derniers attentats frustrés seraient " liés à la lutte du gouvernement contre les paramilitaires ".

Le Président Pastrana est plus prudent. Il ne voit, en principe, aucune relation entre les divers attentats et estime que tant les narcotrafiquants que les paramilitaires ou la guérilla pourraient être responsables de cette nouvelle vague de terreur. Il est vrai que reconnaître le probable caractère politique du nouveau terrorisme urbain serait, pour le chef de l’Etat, l’aveu de l’échec de sa politique de paix à un an des prochaines élections présidentielles.

Andres Pastrana a par ailleurs rejeté tout lien entre les attentats et la Coupe America de football qui se disputera en juillet dans sept villes colombiennes. Après avoir annulé un voyage à Paris, le président a réuni vendredi un conseil extraordinaire de sécurité. Il a annoncé la détention de suspects et promis de récompenser financièrement les informateurs qui permettront d’éviter de nouveaux attentats à l’explosif ou d’arrêter les coupables.

La seconde guérilla de Colombie, l’Armée de Libération Nationale (ELN, pro-cubaine), a jugé utile de démentir sa participation au dernier attentat de Bogota. Son commandant en chef, Nicolas Rodriguez Bautista, alias "Gabino ", accuse également les paramilitaires. Selon lui, l’extrême droite veut torpiller le dialogue entre le gouvernement et les mouvements de guérilla. Il croit en outre que la Colombie est déjà " dans la fureur de la campagne électorale " précédant le scrutin présidentiel de 2002.

Tant le chef rebelle que le ministre de l'Intérieur ont à leur façon conféré un caractère politique au terrorisme urbain actuel. Les villes entreraient donc à leur tour dans cette guerre civile colombienne qui a fait 200.000 morts et plus de deux millions de déplacés depuis 1964.


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