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Le choc des nationalismes espagnol et catalan vu par l'IRIS
Catalogne : de souhaitables clarifications
 

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À Barcelone, le 16 septembre 2017, le président catalan Carles Puigdemont et des ministres régionaux acclamés par des manifestants indépendantistes. (Photo Generalitat de Catalunya, via Wikimedia Commons)

par Didier Billion,
Directeur adjoint de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques)
 

30 octobre 2017
L’absence de négociations politiques depuis le retour au pouvoir du Parti populaire en 2011, le refus par ce dernier de toute forme de médiation depuis le référendum du 1er octobre et l’accroissement continu des tensions ont abouti à la proclamation solennelle de la République de Catalogne le 27 octobre 2017. Immédiatement, le Sénat de l’État espagnol a riposté en votant l’article 155 de la Constitution permettant de mettre les institutions de l’autonomie catalane sous tutelle (dissolution du Parlement catalan, destitution des membres du gouvernement…). Des élections régionales ont par ailleurs été planifiées par Madrid pour le 21 décembre.


Deux logiques politiques s’affrontent ainsi irrémédiablement et la situation devient infiniment volatile au vu d’un fossé qui s’est graduellement creusé entre les protagonistes de la crise. Nous assistons à l’affrontement de deux nationalismes, au demeurant asymétriques car chargés d’un contenu politique différents, dont chacun considère que le moindre compromis serait l’expression d’une capitulation. La question est donc désormais de savoir comment sortir d’une crise qui a atteint son acmé.

Les partisans de l’indépendance se félicitent de leur victoire, mais cette dernière risque en réalité d’avoir un goût amer. En effet, les divergences sont grandes au sein même du camp indépendantiste et ne peuvent désormais que se cristalliser. Les différences d’appréciation ont jusqu’alors été plus ou moins tues au nom de l’objectif commun revendiqué de l’indépendance, mais entre les partisans d’un centre droit modéré et ceux de la gauche radicale les divergences sont essentielles. C’est une des raisons pour lesquelles des questions centrales comme le rapport à l’Union européenne (UE) ou la question sociale ont été mal appréciées, voire éludées. Ainsi, le type de modèle républicain à mettre en œuvre n’a pas été débattu publiquement, or la revendication de l’indépendance ne peut constituer un programme politique en soi.

C’est, de notre point de vue, une position de principe que de reconnaître la volonté de s’exprimer librement et la possibilité de recourir à un processus d’autodétermination. Il importe que ce choix décisif puisse être réalisé en toute clarté, donc sur les bases d’un programme, d’alliances et, éventuellement, de compromis entre les parties au processus, rigoureusement exposés aux citoyens. Le cardinal de Retz qui considérait en son temps qu’« on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » avait en l’occurrence politiquement tort. La précision des objectifs et des médiations utilisées pour y parvenir est d’autant plus nécessaire que la revendication de l’indépendance a mobilisé des millions de citoyens depuis maintenant plusieurs années et que ces derniers ont besoin de perspectives nettes et claires.

Policiers espagnols contre manifestants à Barcelone, le 1er octobre 2017, jour du référendum d'autodétermination en Catalogne. (Photo Robert Bonet, via Wikimedia Commons)

On ne peut alors par exemple qu’être confondu par les illusions qui, depuis des années, ont marqué la majorité du camp indépendantiste sur le soutien que lui apporterait l’UE. Or, la réalité se révèle amère. Ni Bruxelles ni aucune capitale européenne n’ont manifesté le moindre appui au processus d’indépendance. A contrario, leur soutien à Mariano Rajoy est total. On en conviendra, c’est une erreur d’appréciation politique majeure que les dirigeants indépendantistes risquent de payer chèrement, à l’exception de ceux de la Candidature d’unité populaire (CUP – gauche radicale) qui sont vivement critiques à l’égard de l’UE.

Le contenu social de la République de Catalogne n’a pas non plus été véritablement abordé, débattu et clarifié. Si la revendication de l’indépendance révèle indiscutablement une profonde aspiration du sentiment national catalan, elle n’exprime pas automatiquement une volonté de redistribution plus égalitaire des richesses, de défense et d’accroissement des droits sociaux. Or, comme souvent dans l’histoire des processus d’émancipation sociale et politique, les mouvements qui ne parviennent pas à lier la question nationale et la question sociale sont, la plupart du temps, voués à l’échec. C’est ainsi une faiblesse des composantes du camp indépendantiste que de n’avoir pas suffisamment cherché une jonction organisée avec le mouvement social et syndical alternatif en Catalogne et au sein de l’Etat espagnol.

Même si la fenêtre est désormais étroite, c’est au prix de ces clarifications que le mouvement initié en Catalogne pourra se dénouer politiquement et démocratiquement. Nul ne peut croire un seul instant que la question nationale catalane puisse être réglée par des mesures coercitives de mise sous tutelle. La réponse à la crise présente ne peut être ni juridique ni bureaucratique mais fondamentalement politique, c’est-à-dire qu’elle doit recourir au dialogue et à la négociation, ce que jusqu’alors le gouvernement de Madrid et ses alliés de circonstance se sont systématiquement refusés à accepter.


Les multiples manifestations qui ponctuent la vie politique en Catalogne depuis plusieurs années, les résultats du référendum du 1er octobre, dans les conditions de violence répressive dont tous les observateurs se souviennent, indiquent assez clairement que la société catalane est intensément et massivement mobilisée. C’est pourquoi, on ne peut être que profondément sceptiques quant à l’antienne propagée par les autorités de Madrid sur la « majorité silencieuse ». On ne peut par exemple prétendre que les élections régionales du 27 septembre 2015, atteignant un taux de participation de 77 % du corps électoral et qui ont donné une courte majorité en sièges aux diverses composantes des partisans de l’indépendance sur la promesse d’organiser un référendum, ne constituent pas un indicateur fiable de l’état d’esprit des citoyens catalans et de leur inclination. Pour autant ce serait illusoire de penser que la mobilisation restera croissante et s’exprimera de façon linéaire.

C’est donc inlassablement par la multiplication des contacts avec toutes les forces politiques, sociales et syndicales alternatives de l’État espagnol que l’intransigeance du Parti populaire et de ses alliés peut être battue. On ne sait à ce jour si les partis indépendantistes participeront au scrutin organisé par Madrid le 21 décembre prochain en Catalogne. La principale exigence c’est, a minima, que tous les partis puissent le faire sans aucune restriction, en d’autres termes qu’aucun de leurs dirigeants ne soit emprisonné.

Enfin, c’est la reconnaissance de la Catalogne comme une nation et donc celle de l’État espagnol comme un État plurinational, qui permettra paradoxalement de dépasser les pièges du nationalisme. En un mot, revenir au statut de 2006 qui avait été voté par le Parlement catalan, puis le Parlement de l’État espagnol, puis approuvé par référendum en Catalogne avant d’être porté devant le Tribunal constitutionnel par le Parti populaire pour le vider de sa substance… On connaît la suite… Il faut désormais sortir de l’impasse. Un processus constituant apparaît comme une nécessité pour dénouer la crise.

[ Source : http://www.iris-france.org/101565-catalogne-de-souhaitables-clarifications/ ]


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