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Rapport 2002 (relatif à l'année 2001) d'Amnesty International

Cuba: droits de l'homme

Ce texte d'Amnesty International n'engage que la responsabilité de cette organisation

(Retranscrit par latinreporters.com à QUITO, lundi 3 juin 2002) - Un certain nombre de prisonniers d'opinion ont été libérés cette année. Toutefois, les autorités cubaines ont procédé à plusieurs nouvelles arrestations, montrant ainsi qu'elles n'avaient pas renoncé à réprimer ceux qui exercent pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion. La pratique de la détention de courte durée et d'autres formes de harcèlement ont continué d'être utilisées pour empêcher les journalistes, les militants politiques et d'autres personnes de mener leurs activités.

Selon certaines sources, un moratoire non officiel sur les exécutions était en vigueur. Aucune exécution n'a été signalée au cours de l'année 2001, mais les tribunaux ont continué de prononcer des condamnations à mort.

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Cette année encore, l'embargo américain subi par Cuba depuis quatre décennies n'a fait qu'aggraver une situation dans laquelle les droits fondamentaux étaient bafoués. Cependant, et pour la première fois, les Etats-Unis ont vendu à Cuba des produits agricoles après le passage d'un ouragan en novembre. Aucun des deux pays n'a toutefois voulu admettre qu'un tel geste pouvait traduire un changement dans l'état général de leurs relations. Au mois de novembre, les membres de l'Assemblée générale des Nations unies ont, à une écrasante majorité, condamné le maintien de l'embargo et ce pour la dixième année consécutive.

Contexte

Au mois de juin, le président Fidel Castro, âgé de soixante-quinze ans, a été pris d'un bref malaise au cours d'un discours, ce qui a suscité des spéculations quant à son éventuel successeur au sommet de l'État. Le président Castro a publiquement abordé la question en déclarant une nouvelle fois que, s'il venait à quitter ses fonctions, son choix se portait sur son frère Raúl Castro, premier vice-président et chef des forces armées, qu'il souhaiterait voir à la tête d'une structure dirigeante de type collégial.

La Commission des droits de l'homme des Nations unies

A l'issue d'une campagne sans précédent, la Commission des droits de l'homme des Nations unies a de nouveau fait voter en avril, sur l'initiative de la République tchèque, une résolution sur la situation à Cuba qui a été adoptée à une étroite majorité. Depuis 1992, et à l'exception de 1998, chaque année voit approuvée une résolution critiquant le bilan de la politique cubaine. Cette année, le texte se montrait plus compréhensif à l'égard de Cuba ; sans aller jusqu'à condamner l'embargo américain, la résolution déclarait pour la première fois que les Etats membres des Nations unies devaient "améliorer la situation économique du peuple cubain".

Par la suite, le placement en détention pendant près de trois semaines de deux importantes personnalités tchèques accusées de subversion a été considéré par certains comme une riposte au vote de cette résolution. Les deux hommes ont été relâchés après avoir signé une déclaration dans laquelle ils reconnaissaient avoir enfreint sans le savoir la législation cubaine en rencontrant des dissidents à la demande d'une organisation domiciliée aux Etats-Unis.

Relations avec les Etats-Unis

Aux Etats-Unis, la Chambre des Représentants s'est prononcée en juillet en faveur d'un assouplissement des restrictions imposées aux voyages vers Cuba, mais le président George W. Bush a fait part de son hostilité à cette proposition de loi. En octobre, alors que le texte était soumis à l'examen du Sénat, des législateurs américains l'ont amputé des passages relatifs à cette mesure, empêchant de ce fait que la question soit traitée cette année.

Sur le plan juridique, les autorités américaines ont prélevé en février 90 millions de dollars sur les avoirs gelés de Cuba pour indemniser les familles des trois pilotes abattus en février 1996 par des avions cubains. En juin, un jury fédéral américain a déclaré cinq Cubains coupables d'appartenance à un réseau d'espionnage cubain soupçonné d'avoir infiltré des bases militaires et des groupes de Cubains en exil en Floride. A la fin de l'année, quatre d'entre eux avaient été condamnés à des peines allant de quinze années d'emprisonnement à la prison à vie. En septembre, une femme travaillant comme analyste pour les services de renseignements du ministère de la Défense américain a été arrêtée pour avoir, selon les charges qui pèsent sur elle, transmis à Cuba des informations secrètes touchant à la défense nationale ; le gouvernement cubain s'est déclaré étranger à cette affaire. Toujours au mois de septembre, un immigré cubain à la retraite habitant Miami a été appréhendé pour avoir, plusieurs dizaines d'années auparavant, alors qu'il travaillait dans un hôpital psychiatrique de La Havane, torturé à l'électricité des prisonniers politiques cubains.

Prisonniers d'opinion

Cette année encore, l'Etat cubain a jeté en prison des personnes qui avaient critiqué sa politique et ne faisaient qu'exercer, pacifiquement, leurs droits à la liberté d'expression, de réunion et d'association. Les mesures restreignant ces libertés fondamentales étaient d'ailleurs toujours inscrites dans la législation cubaine. Un certain nombre de personnes ayant été libérées de prison, on a pu espérer que Cuba allait assouplir ces restrictions et mettre ses lois et ses pratiques en conformité avec les normes internationales en vigueur. Malheureusement, de nouvelles arrestations ont montré que ces espoirs étaient prématurés.

A la fin de l'année 2001, au moins sept prisonniers d'opinion étaient toujours détenus à Cuba. En mai, José Orlando González Bridón, secrétaire général de la Confederación de Trabajadores Democráticos de Cuba (CTDC, Confédération des travailleurs démocrates de Cuba) a été condamné à deux ans d'emprisonnement pour "propagation de fausses informations dans le but de troubler la paix internationale". Il semble en fait qu'il lui ait été reproché d'avoir écrit un article mettant en cause la responsabilité des autorités, accusées de négligence, dans une affaire de violences au foyer. En septembre la plus haute instance judiciaire cubaine a ramené sa condamnation à un an d'emprisonnement, et José Orlando González Bridón a recouvré la liberté en novembre.

Détention sans jugement

Un certain nombre de dissidents ont été maintenus en détention sans jugement pendant plusieurs mois avant d'être libérés. Amnesty International les considérait comme des prisonniers d'opinion.

Le syndicaliste Pedro Pablo Álvarez Ramos, secrétaire général du Consejo Unitario de Trabajadores Cubanos (CUTC, Conseil de l'Union des travailleurs cubains), a été libéré en janvier après avoir passé trois mois en prison sans jugement. Il avait été arrêté en octobre 2000 par des agents de la sûreté nationale dont l'intention était, semble-t-il, de l'empêcher de participer au premier congrès national du CUTC, prévu les 20 et 21 octobre 2000. Plusieurs autres personnalités du monde syndical ont été détenues pendant de courtes périodes avant la tenue de ce congrès.

Leonardo Miguel Bruzón Avila a été appréhendé en décembre 2000 lors d'une vague d'arrestations visant à empêcher les dissidents de célébrer le cinquante-deuxième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cet homme, qui dirigeait le Movimiento Pro Derechos Humanos 24 de Febrero (Mouvement pour les droits humains du 24 février) aurait été détenu dans les locaux du Departamento Técnico de Investigaciones (DTI, Service des enquêtes judiciaires) où, selon le récit qu'il en a fait, il a été attaché par des menottes aux barreaux d'une cellule disciplinaire pendant quatre jours, avec de l'eau pratiquement jusqu'aux genoux. Il a été relâché le 1er février. En septembre, il a de nouveau été arrêté après avoir ouvert une bibliothèque "indépendante" pour enfants à son domicile ; sa famille a en outre été menacée d'expulsion. Leonardo Miguel Bruzón Avila a été libéré sans inculpation au bout de quatre jours.

Préoccupations concernant les soins aux détenus

Les difficultés rencontrées par les prisonniers pour se faire soigner correctement constituaient toujours un motif de préoccupation. Les stocks dont disposait le pays en matière de médicaments et d'équipements subissaient les effets néfastes de l'embargo américain. Dans certains cas, toutefois, il semble que le refus délibéré de prodiguer des soins à des prisonniers d'opinion et à d'autres prisonniers politiques ait été utilisé comme un moyen de châtiment supplémentaire.

La famille de Marcelo Amelo Rodríguez, cinquante-deux ans, mort en détention au mois de mai alors qu'il souffrait de douleurs à la poitrine, a accusé les autorités pénitentiaires de ne pas avoir accordé au prisonnier les soins que nécessitait son état. Marcelo Amelo avait été incarcéré en 1993 pour "rébellion" et libéré en juin 2000 après avoir purgé sa peine. Il a par la suite été à nouveau arrêté pour différents motifs. Cela faisait plusieurs années que son état de santé était source d'inquiétude.

Dans la prison Combinado de Guantánamo, le prisonnier d'opinion Néstor Rodríguez Lobaina se serait vu infliger un contact étroit avec des détenus atteints de tuberculose pulmonaire déclarée, risquant à son tour d'être contaminé. Reconnu coupable en février 2000 d'"outrage", de "trouble de l'ordre public" et de "préjudices", Nestor Rodríguez purgeait une peine de six ans et deux mois d'emprisonnement.

Pour protester contre le manque de soins, le prisonnier politique Jorge Luis García Pérez, qui souffrait de différents problèmes de santé, a entamé une grève de la faim en avril. Il y a mis fin au bout de près d'un mois, les autorités l'ayant finalement autorisé à être examiné par un spécialiste des poumons.

Harcèlement persistant des dissidents

Les personnes soupçonnées de critiquer le gouvernement ont continué d'être harcelées par les autorités cubaines, soucieuses de décourager toute dissidence. Les placements en détention de courte durée, les fréquentes convocations, les menaces, les expulsions, les licenciements et les restrictions touchant à la liberté de circulation figuraient parmi les méthodes employées contre les dissidents présumés. Ces manúuvres de harcèlement pouvaient être le fait d'agents de la sûreté ou de policiers, ou bien encore de membres de groupes locaux comme les Brigadas de Respuesta Rápida (Brigades d'intervention rapide) ou les Comités de Defensa de la Revolucíon (Comités de défense de la révolution), créés respectivement en 1991 et 1960 pour lutter contre la criminalité et les activités dissidentes.

En plusieurs occasions, des dissidents ont été agressés verbalement, la plupart du temps par des personnes qui n'ont pas été identifiées. Il est arrivé que les domiciles de dissidents présumés soient la cible de jets de pierres ou de bouteilles ; en outre, des agresseurs non identifiés auraient frappé à coups de poing ou de pied plusieurs dissidents en raison, selon les victimes, de leurs opinions ou de leurs activités politiques.

Rafael León Rodríguez, coordonnateur du mouvement Proyecto Demócrata Cubano (Projet démocrate cubain), l'un des membres de la Mesa de Reflexión de la Oposición Moderada (Table ronde de l'opposition modérée), aurait été expulsé de chez lui en juillet à la suite d'une erreur évidente, imputable à la bureaucratie administrative. A la fin de l'année, il n'avait toujours pas pu, malgré ses protestations, récupérer sa maison ni ses biens. On pouvait craindre dès lors que cette expulsion n'ait été qu'un moyen de le punir pour ses activités dissidentes.

En différents lieux, des agents de la sûreté de l'État, des policiers ou d'autres représentants des pouvoirs publics ont menacé, placé en détention pendant de brèves périodes, convoqué et harcelé sous d'autres formes des militants qui cherchaient à collecter des signatures pour le Proyecto Varela (Projet Varela), une pétition demandant l'organisation d'un référendum en vue de réformer la législation cubaine. Ils ont également confisqué leur matériel. A la fin du mois de novembre, les auteurs de ce projet ont fait savoir qu'ils avaient récolté plus de 2.500 signatures d'électeurs ; toutefois, pour qu'un référendum puisse être organisé, la loi exige dix mille signatures.

Peine de mort

Des signes de changement de politique en matière d'exécutions sont apparus ; aucune exécution n'aurait eu lieu en 2001. Cependant, la peine de mort n'a pas été abolie dans les textes. Au mois de décembre, le pouvoir législatif a, semble-t-il, réaffirmé la possibilité de recours à cette peine pour les personnes coupables du crime de "terrorisme", dont la définition se serait élargie aux termes de nouvelles dispositions. Les tribunaux ont continué de prononcer des sentences capitales. D'après la Comisión Cubana de Derechos Humanos y Reconciliación Nacional (CCDHRN, Commission cubaine des droits humains et de la réconciliation nationale), une organisation non gouvernementale, une cinquantaine de prisonniers étaient sous le coup d'une condamnation à la peine capitale à la fin de l'année.

Visites d'Amnesty International

La dernière visite de l'organisation à Cuba remonte à 1988. Les demandes adressées au gouvernement cubain en vue d'obtenir l'autorisation de se rendre dans le pays sont restées sans réponse.


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