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Argentine: Malouines revendiquées 25 ans après la guerre, sans le président Kirchner

"Ils ont revendiqué la souveraineté sur les îles [Malouines], sans Kirchner" titrait le 3 avril 2007 l'influent quotidien argentin Clarin
BUENOS AIRES, mercredi 4 avril 2007 (LatinReporters.com) - "Les [îles] Malouines sont argentines, elles l'ont toujours été et le seront toujours... Nous appelons le Royaume-Uni à renouer les négociations" s'est exclamé le 2 avril à Ushuaia le vice-président argentin Daniel Scioli lors des cérémonies, en l'absence remarquée du président Nestor Kirchner, du 25e anniversaire du début d'une guerre perdue contre la Grande-Bretagne.

Au son des fanfares et dans une mer de drapeaux blancs-bleus argentins, la ville la plus australe de la planète, Ushuaia, en Terre de Feu, accueillait des anciens combattants, leurs familles, des chefs militaires et des ministres, au total plus de 3.000 personnes pour honorer, a dit Daniel Scioli, "les soldats qui ont démontré un énorme courage, devenant nos héros, au-delà des décisions d'une dictature criminelle et incompétente".

Le 2 avril 1982, des troupes argentines débarquaient par surprise aux îles Malouines, à 700 km à l'est de la Terre de Feu, prenant le contrôle de cet archipel revendiqué par l'Argentine et occupé par les Britanniques depuis 1833. Sur les places publiques de Buenos Aires, la foule saluait les soldats en héros.

Deux mois et demi plus tard, le 14 juin, l'Argentine capitulait devant le corps expéditionnaire britannique dépêché par la "Dame de fer", le Premier ministre Margaret Thatcher, pour reconquérir les Falkland (nom anglais des Malouines, appelées Malvinas en espagnol). Le bilan de l'affrontement s'éleva à 904 morts, 649 Argentins et 255 Britanniques.

Trois jours après la capitulation, le général Leopoldo Fortunato Galtieri démissionnait de la Présidence de la République. Il avait lancé son pays dans l'aventure nationaliste pour sauver la dictature militaire menacée par la crise économique et les mobilisations syndicales. Le désastre des Malouines précipita la chute de la junte, en 1983, et le retour à la démocratie.

Après la défaite, les héros d'hier, dix mille soldats vaincus, étaient jetés dans un oubli teinté de honte. "Pour éviter le contact avec les gens, on fit entrer de nuit dans les casernes ceux revenus des Malouines" rappelait lors du 20e anniversaire du conflit, en 2002, Hector Beiroa, président à l'époque de la Fédération des vétérans de guerre de la République argentine. Il soulignait qu'au cours des années suivant le conflit, 269 ex-combattants s'étaient suicidés.

Aujourd'hui, les associations de vétérans élèvent ce chiffre à au moins 350, soit quelque 80 suicidés de plus au cours des cinq dernières années. Stress durable consécutif aux combats, suivi médical inexistant ou tardif, chômage et mépris de la société longtemps plongée dans une "desmalvinizacion" ("démalouinisation") pour oublier la débâcle... "C'est comme s'il avait fallu affronter une deuxième guerre après celle des Malouines" estime Osvaldo Hilliar, responsable du Centre des anciens combattants d'Ushuaia. Dans son discours du 25 anniversaire, il a prié le gouvernement de "réduire les inégalités sociales" que subiraient encore de nombreux rescapés de l'invasion manquée.

"Trop de sang a coulé" et les Malouines devront être récupérées "par la voie diplomatique et dans la paix" a déclaré pour sa part à la foule le général Jorge Chevallier, chef de l'état-major conjoint des forces argentines.

En 2002 déjà, à Ushuaia, le président péroniste Eduardo Duhalde proposait de récupérer l'archipel "non en faisant la guerre, mais par le travail, la foi et la persévérance". C'était la première fois depuis la défaite qu'un chef de la nation participait à une cérémonie de vétérans du conflit pour y soutenir la revendication historique sur les Malouines.

L'absence aux cérémonies du 25e anniversaire de l'actuel chef de l'Etat, le péroniste de gauche Nestor Kirchner, a d'autant plus surpris qu'il cultive un néonationalisme apprécié par son homologue vénézuélien Hugo Chavez, champion du radicalisme antiaméricain.

Même l'influent quotidien Clarin, pourtant favorable à Kirchner, titrait le 3 avril: "Acte officiel à Ushuaia pour les 25 ans [de la guerre]: ils ont revendiqué la souveraineté sur les îles, sans Kirchner". Le titre est surmonté d'une photo applaudie à Buenos Aires, mais qui soulevé un malaise dans l'archipel. Elle montre 5 anciens combattants déployant un drapeau argentin dans le cimetière de Darwin, où sont enterrés depuis 1982 des militaires envoyés par Galtieri. Jamais depuis la fin du conflit les couleurs argentines n'avaient flotté en terre malouine.

La présence de Nestor Kirchner à Ushuaia avait été annoncée, mais, selon les médias, il se serait désisté pour éviter une manifestation d'enseignants soutenant des revendications salariales. Le motif paraît anodin, quoiqu'éviter d'être conspué sous l'oeil des caméras de télévision pourrait répondre à un souci d'image lié à la probable candidature de Nestor Kirchner à la réélection lors de la présidentielle du 28 octobre prochain. (A moins que sa femme et sénatrice Cristina, très populaire, ne relève elle-même ce défi).

Mais le président Kirchner n'avait pas attendu la commémoration de la tentative de reconquête pour déclarer la reprise de l'archipel "objectif permanent et irrévocable du peuple argentin". Son gouvernement veut relancer le débat sur la souveraineté des Malouines aux Nations unies. Le 27 mars, Buenos Aires dénonçait un accord pétrolier avec la Grande-Bretagne portant sur l'Atlantique Sud. Désormais, les compagnies qui travailleraient sous la législation britannique dans la zone des Malouines à la recherche incertaine d'une manne pétrolière seront interdites d'activité en Argentine.

La presse de Buenos Aires souligne que, selon ses propres dires, l'actuel Premier ministre britannique, le travailliste Tony Blair, aurait réagi de la même façon que Margaret Thatcher à l'invasion des Malouines.

A Caracas, le président vénézuélien Hugo Chavez clamait le 2 avril que ""ces îles sont argentines" et que "c'en est assez maintenant du colonialisme". Critiquant le manque de solidarité, en 1982, des pays latino-américains avec l'Argentine, il croit que "nous ne serons libres qu'à condition de nous unir".

Quant aux 2.000 et quelques habitants des Malouines-Malvinas-Falkland, 2.913 exactement aujourd'hui, la guerre de 1982 les a projetés de l'oubli à l'abondance. Les droits de pêche dans les eaux de l'archipel leur ont été cédés par le Royaume-Uni. Outre l'octroi d'une aide au développement et en particulier à l'éducation, Londres a construit des routes, un aéroport digne de ce nom, une base militaire et un hôpital. La prospection pétrolière a aussi été lancée.

Résultat: le PIB annuel, 140 millions de dollars, est de 48.000 dollars par tête de Malouin, neuf fois plus que celui d'un Argentin et même légèrement supérieur au PIB par habitant des Etats-Unis. Aussi, à l'instar de l'Espagne dans sa revendication de Gibraltar, l'Argentine n'a-t-elle aucun intérêt à user du droit à l'autodétermination des peuples pour revendiquer les Malouines.

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