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Annonce inattendue de M. Zapatero. "Inacceptable" avertit la Russie
L'Espagne, chaînon clé du bouclier antimissile de l'OTAN
 

   

 
MADRID / BRUXELLES, vendredi 7 octobre 2011 (LatinReporters.com) - Sans débat ni aval parlementaire préalables et irritant fort la Russie, l'intégration de l'Espagne dans le système de bouclier antimissile de l'OTAN a été annoncée par surprise le 5 octobre à Bruxelles par le chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, neuf jours après la dissolution des Cortes (Parlement) en vue des législatives du 20 novembre, auxquelles M. Zapatero ne se présentera pas.

De gauche à droite, le 5 octobre 2011 à Bruxelles au siège de l'OTAN : José Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement espagnol, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'OTAN, et Leon Panetta, secrétaire à la Défense des Etats-Unis. (Photo lamoncloa.gob.es)

Dans la version du président américain Barack Obama, édulcorée par rapport à celle de son prédécesseur George W. Bush, le bouclier antimissile vise en principe à protéger les Etats-Unis et leurs alliés d'attaques de "pays parias". Washington cite souvent à cet égard la Corée du Nord et l'Iran, susceptibles à ses yeux d'attaquer un jour l'Occident avec des missiles à tête nucléaire. La Russie s'estime néanmoins directement visée par le nouveau dispositif déployé progressivement.

Quatre navires de l'US Navy avec système Aegis basés à Rota

La base aéronavale hispano-américaine de Rota, sur la baie de Cadix (sud de l'Espagne) "servira d'appui décisif, à partir de 2013, à une part importante de l'élément naval du système" de bouclier a affirmé M. Zapatero mercredi au siège de l'Alliance atlantique. Il y faisait une déclaration à la presse (non autorisée à poser des questions) aux côtés du secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, et du secrétaire à la Défense des Etats-Unis, Leon Panetta. Le déplacement à Bruxelles du dirigeant espagnol n'avait été annoncé qu'au matin du même jour.

"Que l'Espagne accueille cette composante du système est dû à sa position géostratégique et à sa condition de porte d'entrée de la Méditerranée. Concrètement, les Etats-Unis vont déployer un total de quatre navires [de guerre], dotés du système [de détection et de guidage de missiles] Aegis, qui seront basés à Rota" a expliqué M. Zapatero.

"Cela signifie que Rota va se convertir en point d'appui du déploiement de navires pouvant s'intégrer dans des forces multinationales ou qui mènent des missions de l'OTAN dans des eaux internationales, particulièrement en Méditerranée, pour des missions de vigilance, de sécurité, etc." a poursuivi le dirigeant socialiste.

Ces propos pourraient signifier que parallèlement à son prochain statut de chaînon clé du système de bouclier antimissile, la base aéronavale de Rota jouirait d'une importance accrue dans un contrôle étendu de la Méditerranée et/ou l'exécution éventuelle d'opérations militaires au Proche-Orient ou en Afrique du Nord, comme actuellement en Libye.

M. Zapatero a justifié sa décision par "l'engagement solidaire de l'Espagne dans la défense collective de l'Europe, (...) défense collective qui est aussi une garantie pour la défense de notre territoire et des Espagnols". Il a en outre insisté sur les retombées économiques pour la région de Cadix du mouillage permanent de quatre navires de l'US Navy, qui générera la présence de 1.100 militaires américains supplémentaires et de leurs familles, soit "environ 3.400" personnes au total.

Contrairement à plusieurs experts et aux écolo-communistes d'Izquierda Unida (Gauche Unie), le gouvernement espagnol estime que l'accroissement des effectifs américains à Rota et la nouvelle mission de la base ne nécessitent pas une modification, que devraient ratifier les Cortes, de l'accord bilatéral de défense conclu en 1988 et amendé en 2002.

Missile antimissile SM-3, utilisé dans le système de combat Aegis, tiré le 20 février 2008 depuis le croiseur USS Lake Erie pour détruire, avec succès, un satellite dont la retombée sur la terre aurait comporté des risques importants. (Photo United States Navy)

Dialogue secret entre socialistes et opposition, mais Espagnols tenus dans l'ignorance

Le Centre d'opérations aériennes combinées de la base aérienne de Torrejon de Ardoz, près de Madrid, accroîtra davantage encore la participation de l'Espagne au bouclier antimissile puisque, selon M. Zapatero, ce centre "va faire partie du système de commandement et de contrôle aérien dans lequel s'intégrera la défense antimissile que l'Alliance va mettre en marche".

Le chef du gouvernement espagnol a conclu sa déclaration à la presse en révélant que la décision de participer au bouclier de l'OTAN "est depuis des mois connue du principal parti de l'opposition", avec lequel il a maintenu sur ce dossier "un dialogue positif et constructif".

Mais cette opposition, incarnée par Mariano Rajoy, président du Parti Populaire (PP, conservateur), a elle aussi laissé les Espagnols dans l'ignorance des longues tractations secrètes entre Madrid, l'OTAN et Washington. Un silence d'autant plus perturbant que le PP, vainqueur probable des législatives du 20 novembre et à ce titre prochain responsable du réaménagement de la base de Rota, avait maintes fois reproché à M. Zapatero de cacher la vérité ou de mentir aux Espagnols, notamment à propos de l'ampleur de la crise économique, ainsi que du contenu et de la durée des dernières négociations avec les séparatistes basques de l'ETA.

Le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Leon Panetta, a salué "le rôle crucial de l'Espagne pour renforcer la sécurité dans la région". Outre l'Espagne, la Pologne, la Roumanie et la Turquie sont déjà impliquées dans le développement du bouclier antimissile et le Pentagone espère que la décision espagnole encouragera la participation d'autres pays.

"Inacceptable" selon Moscou

A Moscou, au lendemain de l'annonce faite à Bruxelles par M. Zapatero, un communiqué du ministre des Affaires étrangères russe qualifiait jeudi d'"inacceptable" la politique du "fait accompli". "On prend des décisions capables d'influer sur la sécurité et la stabilité euro-atlantiques sans débat collectif, sans prendre en compte l'opinion de tous les pays intéressés" se lamentait la diplomatie russe.

Alors que la Russie et l'Otan sétaient accordées, en novembre 2010 à Lisbonne, à poser des jalons en vue d'un accord de coordination de leurs systèmes respectifs de défense antimissile, Moscou reproche aujourd'hui à Washington de chercher plutôt à réduire l'effet de dissuasion du potentiel nucléaire de la Russie et de se refuser à garantir juridiquement que le futur bouclier de l'OTAN ne visera pas les forces nucléaires stratégiques russes.

En Espagne même, les éditorialistes de droite applaudissent M. Zapatero et se moquent à la fois, comme José Antonio Vera dans le quotidien La Razon, de "sa capacité de transformation", passant de "l'antiaméricanisme militant" et du retrait des troupes espagnoles en Irak à la participation à la guerre en Afghanistan, l'envoi de soldats au Liban, "l'occultation de vols secrets de la CIA vers Guantanamo", l'implication dans l'offensive de l'OTAN en Libye, "les pires coupes dans le social jamais vues en démocratie" et aujourd'hui "la guerre des galaxies".

"Céder la base de Rota pour que le Pentagone l'utilise comme centre principal du bouclier antimissile (...) en ayant un pied hors du palais de la Moncloa [siège de la présidence du gouvernement espagnol; ndlr] et en tournant le dos au Parlement est une frivolité impropre d'un pays occidental" estime pour sa part Carlos Yarnoz, sous-directeur de l'influent quotidien de centre gauche El Pais.

Il ajoute que "Rota était déjà un objectif militaire potentiel de premier niveau pour des pays qui attaqueraient l'Otan et les Etats-Unis en particulier. Désormais, il s'agit d'un objectif prioritaire, peut-être le plus important".

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