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Lopez Obrador, Evo Morales et Hugo Chavez à l'étroit dans le moule constitutionnel
Mexique, Bolivie, Venezuela: la gauche brave la Constitution

Meeting d'Andrés Manuel Lopez Obrador sur le Zócalo de Mexico le 16 juillet 2006
Photo www.lopezobrador.org.mx
par Christian Galloy
Analyste politique
Directeur de LatinReporters


MADRID, jeudi 7 septembre 2006 (LatinReporters.com) - La gauche brave la Constitution dans trois pays d'Amérique latine. Au Mexique, Lopez Obrador refuse sa défaite à l'élection présidentielle et menace de former un "gouvernement parallèle". En Bolivie, le président Morales transgresse les normes de la réforme constitutionnelle. Au Venezuela, le président Chavez contemple la "réélection indéfinie".


Non concerté, ce triple défi simultané sera perçu par certains comme une dérive vers un autoritarisme messianique et par d'autres comme la volonté de surmonter les obstacles présumés à une véritable démocratisation.

Deux mois après l'élection présidentielle du 2 juillet, le Tribunal fédéral électoral du MEXIQUE a officialisé définitivement le 5 septembre la victoire du conservateur Felipe Calderon, candidat du Parti de l'Action nationale (PAN, gouvernemental) et ex-ministre de l'Energie du président sortant Vicente Fox. La passation des pouvoirs pour un mandat de six ans est fixée au 1er décembre.

A gauche, Andrés Manuel Lopez Obrador, candidat du Parti de la Révolution démocratique (PRD), n'accepte pas la décision du tribunal. Il menace de se faire proclamer "président légitime" par "le peuple" et de former un gouvernement parallèle. Une "Convention nationale démocratique" en débattra à Mexico le 16 septembre, jour de la Fête nationale. Lopez Obrador espère réunir alors un million de ses partisans.

Les résultats définitifs de la présidentielle, après révision d'à peine 9% des bulletins de vote (Lopez Obrador exigeait qu'ils soient tous recomptés), attribuent 35,89% des suffrages à Felipe Calderon, contre 35,33% à Lopez Obrador. Sur 41,7 millions de votes exprimés, seulement 233.831 les séparent. Au Mexique, il n'y a pas de second tour et le vainqueur est le candidat obtenant le plus de voix.

Depuis plus d'un mois, des milliers de militants de Lopez Obrador occupent une partie du centre de la capitale, campant et dormant sur la place centrale, le Zócalo, et sur des avenues commerciales. Par cette "résistance civile", le chef du PRD répond au "coup d'Etat" électoral qu'auraient ourdi le président Fox, le PAN, le patronat et la Justice au travers d'une "fraude" massive. Ils auraient "volé la victoire" à la gauche. "Qu'ils aillent au diable avec leurs institutions" s'est exclamé Lopez Obrador.

Le Tribunal fédéral électoral a reproché au président Fox et aux organisations patronales leurs interventions "indues" dans la campagne électorale en faveur du candidat conservateur Felipe Calderon, mais, selon le même tribunal, ce soutien n'aurait pas été décisif.

Six cent trente-neuf observateurs internationaux, dont un fort contingent mandaté par l'Union européenne (UE), avaient avalisé dès juillet le caractère exemplaire du scrutin présidentiel. A Bruxelles, la commissaire aux Relations extérieures de l'UE, Mme Benita Ferrero-Waldner, soulignait "la totale transparence du processus électoral". Le "climat d'absolue normalité démocratique" des élections mexicaines était confirmé par le socialiste espagnol Javier Solana, Haut Représentant de l'UE pour la Politique étrangère et de Sécurité commune. Un communiqué de la Présidence du Conseil de l'UE daté du 6 septembre vient de renforcer ce satisfecit.

Paradoxalement, Lopez Obrador et le PRD ne contestent pas le résultat des législatives concomitantes de la présidentielle du 2 juillet. Elles ont été remportées également, à la majorité relative, par le PAN de Felipe Calderon (206 des 500 députés et 52 des 128 sénateurs), devant le PRD (115 députés, 29 sénateurs) et l'historique Parti Révolutionnaire institutionnel (PRI, 105 députés et 33 sénateurs).

Le 1er septembre, les élus du PRD occupèrent la tribune du Congrès, empêchant le président Vicente Fox d'y présenter son rapport annuel sur la gestion du pays. "Je crois que la gauche va se diviser, se distancier de Lopez Obrador, dont l'attitude est franchement anti-institutionnelle et provocante" estimait alors l'anthropologue Roger Batra, l'un des intellectuels les plus en vue de la gauche mexicaine.

En BOLIVIE, le président amérindien Evo Morales, allié du Cubain Fidel Castro et du Vénézuélien Hugo Chavez, soutient une modification unilatérale des normes de la réforme constitutionnelle en cours au sein de l'Assemblée constituante élue le 2 juillet.

Lors de cette élection, le Mouvement vers le socialisme (MAS, parti présidentiel) obtenait 50,7% des suffrages (contre 53,7% à la présidentielle de décembre 2005). Les 65 à 70% prédits par Evo Morales se révélaient inaccessibles et le MAS, avec 134 élus sur les 255 de l'Assemblée constituante, demeure loin de la majorité des deux tiers (170 députés) qu'il convoitait explicitement. Selon la législation en vigueur, toute révision constitutionnelle nécessiterait pareille majorité qualifiée.

Mais le 1er septembre dernier, le MAS d'Evo Morales décrétait le caractère "originaire" de l'Assemblée constituante pour briser la dépendance de celle-ci à l'égard de la Constitution et des lois actuelles. L'Assemblée se libérerait ainsi de la contrainte des deux tiers. La majorité que contrôle le MAS serait suffisante pour rédiger la nouvelle Charte fondamentale sans devoir composer avec d'autres partis.

La valeur de l'élection du 2 juillet s'en trouve dénaturée. L'ex-président conservateur Jorge Quiroga, leader du Pouvoir démocratique et social (Podemos, principal parti d'opposition) demande à l'Organisation des Etats américains l'envoi en Bolivie d'une mission de protection de l'Assemblée constituante.

En outre, le coup de force d'Evo Morales avive les forces centrifuges dans les quatre départements (la Bolivie en compte neuf) qui s'étaient prononcés par référendum, le 2 juillet également, en faveur de l'autonomie régionale. Ces départements de Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija couvrent la moitié orientale de la Bolivie et détiennent l'essentiel des gisements d'hydrocarbures et de la production agricole.

Enfin, au VENEZUELA et le 1er septembre aussi, le président Hugo Chavez, jugeant acquise sa réélection pour un second mandat de six ans le 3 décembre prochain, annonçait la convocation en 2010 d'un référendum comportant deux questions.

La première serait "Etes-vous d'accord qu'Hugo Chavez continue d'être le président du Venezuela?" La seconde se libellerait ainsi: "Si votre réponse antérieure est positive, êtes-vous d'accord qu'Hugo Chavez soit à nouveau élu pour la prochaine période [présidentielle]?"

Le président Chavez veut donc réviser sa propre Constitution bolivarienne, dont l'article 230 n'autorise qu'une seule réélection. Selon Hugo Chavez, le but est que "la réélection au Venezuela soit indéfinie afin que le peuple [ndlr: et non la Constitution] dise quand doit prendre fin le mandat d'un président".

Est-ce vouloir instaurer la présidence à vie, comme le croient de nombreux commentateurs? Hugo Chavez leur donne des arguments en affirmant vouloir accentuer "à partir de 2007 et jusqu'en 2021" le caractère socialiste de sa "révolution bolivarienne". Mais s'il s'agissait plutôt de pouvoir briguer la présidence chaque fois qu'elle arrive à échéance, sans limitation du nombre de mandats, alors le président Chavez assumerait tout de même, contrairement à Fidel Castro, le risque d'être remercié tous les six ans.

Le problème est qu'à dessein ou non le propos du président vénézuélien n'est pas limpide. Le référendum qui, selon l'article 344 de l'actuelle Charte suprême, est lié à toute révision constitutionnelle devrait la couronner et non l'introduire. La consultation envisagée par Hugo Chavez ne pourrait être que consultative.

La révision peut certes concerner le mandat présidentiel. Mais lier la refonte de ce mandat au cas particulier du citoyen Chavez accrédite la vision populiste du pouvoir souvent prêtée au leader bolivarien.

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